Penser ensemble l’application de la nouvelle orthographe
La nouvelle orthographe a 20 ans. Les réviseurs sont-ils concernés ? Le simple fait de poser cette question reflète aussitôt la difficulté... Les réviseurs, si ce n’est déjà fait, doivent prendre leurs repères dans la jeune histoire de cette réforme. C’est en effet le préalable pour, dans la contrariété ou la sérénité, penser ensemble l’application de la nouvelle orthographe.
Voix active remercie sincèrement la rédaction du bulletin de liaison de l’ACR–RCN qui a aimablement autorisé la reprise des principaux articles de son dossier consacré à la nouvelle orthographe. Publiés en mars 2010, ces articles proposent un tour d’horizon intitulé « Nouvelle orthographe, orthographe modernisée, graphies rénovées, rectifications orthographiques… Où en sommes-nous? ». Ce dossier a été préparé par les membres suivants du collectif francophone de la RCN : Anne Boudreault, Pierrette Brousseau, André LaRose et Carole Sigouin. La section « Sur les rives du Saint-Laurent » a été ajoutée par Gilles Vilasco. – La rédaction
La nouvelle orthographe a 20 ans : chronologie d’un dossier
1990
Recommandations officielles du Conseil supérieur de la langue française, en collaboration avec l’Académie française. Publication du rapport sur les rectifications de l’orthographe dans le Journal officiel de la République française.
1996
En Suisse, la Conférence intercantonale de l’instruction publique recommande qu’aucun élève ne soit sanctionné pour avoir utilisé l’une ou l’autre variante.
2003
® Antidote Prisme est le premier logiciel à inclure tous les aspects des rectifications.
® Au Québec, le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) permet les dictionnaires et grammaires faisant état des rectifications de l’orthographe dans l’épreuve unique d’écriture en 5e secondaire et, au collégial, dans l’épreuve uniforme de français.
2004
® Microsoft utilise la nouvelle orthographe dans l’encyclopédie Encarta.
® L’Office québécois de la langue française estime que ni les graphies traditionnelles ni les nouvelles graphies ne sont fautives et donne priorité aux nouvelles graphies si elles sont attestées dans les dictionnaires.
2005
Les correcteurs de Microsoft Office tiennent compte de la nouvelle orthographe.
Le Conseil supérieur de la langue française du Québec (CSLF), dans un mémoire déposé auprès du gouvernement du Québec, recommande que les universités s’assurent que l’orthographe rectifiée s’enseigne en formation des maîtres; que le MELS offre du perfectionnement aux professeurs et qu’il voie à ce qu’on commence l’enseignement des nouvelles règles au primaire.
2006
L’Association québécoise des professeurs de français donne un avis favorable à la diffusion des rectifications et demande au MELS d’informer les enseignants afin qu’ils puissent diffuser les rectifications orthographiques.
2008
® En France, le ministère de l’Éducation nationale, dans son Bulletin officiel, déclare que l’orthographe révisée est la référence.
® En Belgique, les professeurs de français de tous niveaux sont invités à enseigner prioritairement les graphies rénovées.
2009
® Le MELS dit aux enseignants d’accepter les deux graphies, puisque aucune ne peut être considérée fautive.
® Les ministères de l’Éducation en Saskatchewan et en Alberta adoptent la nouvelle orthographe.
2010
Le Bureau de la traduction du Canada considère que la nouvelle orthographe et l’orthographe traditionnelle sont toutes deux correctes.
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Où en sommes-nous ?
En janvier 2010, le Bureau de la traduction publiait sur son site Web un avis officiel dans lequel il déclarait que « la nouvelle orthographe et l’orthographe traditionnelle sont toutes deux correctes ». Même si le Canada est parmi les derniers à s’être prononcé officiellement sur la question, ça a fait un gros « plouf! » dans la mare de tranquillité des réviseurs francophones d’ici. Où étions-nous, ces vingt dernières années? Car c’est bel et bien vingt ans (et même vingt-et-un, diront certains), que célèbre cette année la « nouvelle » orthographe. Nous nous sommes donc penchés sur cette prise de position et sur son incidence dans une perspective de révision. Plusieurs questions ont surgi, pêle-mêle : Dans quelle mesure les rectifications orthographiques ont-elles été adoptées dans les faits? Y a-t-il toujours un certain attentisme de la part du marché? Peut-on s’en tenir à la révision selon les critères traditionnels que nous avons si durement (mais amoureusement!) appris ou doit-on réapprendre certaines bases? Faudra-t-il sacrifier le principe rassurant de l’uniformité, si cher aux réviseurs, et apprendre à vivre avec des textes mixtes? Mais d’abord, la question de la nouvelle orthographe est-elle à l’ordre du jour chez les principaux donneurs d’ouvrage? Nous avons posé la question aux responsables de certains services linguistiques provinciaux, qui ont eu l’amabilité de nous communiquer leur position, officielle ou non.
La révision dans la région de la capitale nationale
Interrogée sur la question, la chef du Service de traduction du gouvernement de l’Ontario, Nelly Hakim, n’a pas hésité à répondre. Selon elle, puisque la question de la rectification de l’orthographe est une question mondiale, il serait difficile de s’y soustraire. Ainsi, dans les textes du gouvernement de l’Ontario, les graphies traditionnelles et les nouvelles graphies proposées sont admises. Toutefois, il est important de conserver la même orthographe, qu’elle soit traditionnelle ou nouvelle, pour un même mot dans un même document. L’Ontario accepte donc des textes mixtes, mais où le souci de la constance est présent. Mme Hakim précise également qu’il est possible que certains ministères ou services aient une préférence pour une forme ou une autre; les fournisseurs de services ont donc intérêt à poser la question. « Un bon conseil à suivre est d’accorder la priorité aux graphies préconisées dans le cadre des rectifications de l’orthographe, pour autant que ces graphies soient consignées dans les dictionnaires usuels », ajoute-t-elle.
Vers l’est
Au Nouveau-Brunswick, la gestionnaire des services de traduction, Pascale Bergeron, signale qu’elle n’a pas encore vu passer de textes rédigés selon les nouvelles règles. Elle sent que le vent est plutôt favorable au changement et ne croit pas qu’il faille pénaliser un réviseur qui « laisserait passer » une nouvelle graphie ou accepterait les deux, tant qu’il y a uniformité. Dans une perspective plus large, elle se demande quand les éditeurs de manuels scolaires se mettront à écrire selon la nouvelle orthographe. « Si les éditeurs ne l’utilisent pas, dit elle, cela crée de la confusion chez les élèves et ajoute une difficulté supplémentaire à l’apprentissage du français. » Actuellement, la décision de recommander ou non l’emploi et l’enseignement des rectifications semble laissée aux districts scolaires. Celui de la région de Moncton, notamment, aurait commencé à sensibiliser le personnel et à lui fournir de la documentation. Il est permis de supposer que d’autres districts pourraient faire de même dans un proche avenir.
Vers l’ouest…
Du côté du Manitoba, on se fait circonspect, mais les avis touchant les rectifications n’en sont pas moins lucides et… passionnés. La directrice du Service de traduction, Mélanie Cwikla, appuie la position actuelle de son équipe, qui souhaite maintenir l’orthographe traditionnelle afin de ne pas confondre le lectorat franco-manitobain. On adopte donc avec prudence une perspective globale (corpus manitobain) plutôt qu’à la pièce (textes pris individuellement). Cela dit, il ne s’agit pas d’une position officielle. Comme beaucoup d’autres, le réviseur en chef du Service de traduction, Richard Bueddefeld-Noël, s’inquiète de la confusion qui risque de régner pendant l’inévitable période de transition, dont on ne peut estimer la durée. « Sur le plan théorique, s’il y a une chose qui est contraire à l’esprit de la langue française, c’est l’imprécision et l’ambiguïté, mais là, on est servi! ». Il estime notamment que la coexistence de deux orthographes accentuera les difficultés liées à l’évaluation des candidats à un poste et à la révision des textes des traducteurs. Il tient en outre à maintenir l’image professionnelle du Service auprès du grand public.
Et encore plus à l’ouest…
Les francophones sont moins nombreux vers le couchant, mais ils sont bien là, et certains gouvernements semblent avoir pris position quant aux rectifications. Nous avons recueilli le propos de Mme Lise Archambault, qui a longtemps travaillé au ministère de l’Éducation de la Colombie- Britannique et qui est maintenant contractuelle pour diverses administrations provinciales. Elle a observé que les ministères de l’Éducation de l’Alberta et de la Saskatchewan demandent que les textes soient rédigés selon la nouvelle orthographe. Elle ajoute qu’il est assez simple de se conformer à cette demande puisque les logiciels comme Word 2007 sont maintenant munis de correcteurs adaptés.
Sur les rives du Saint-Laurent
Selon Noëlle Guilloton, interrogée en juin 2010, « l’Office québécois de la langue française (OQLF) n’a pas modifié sa position : les deux graphies sont acceptées » (voir encadré). Elle attire toutefois l’attention sur le fait que « toutes les rectifications proposées n’ont pas le même intérêt. L’OQLF appliquait déjà les recommandations aux terminologues dans les travaux néologiques. Dans les textes courants, il est difficile de dire qu’on les applique ou non, car les rectifications ne constituent pas un ensemble cohérent. Ce qui vaut pour les néologismes ne vaut pas, par exemple, pour les accents puisqu’on continue à utiliser l’accent circonflexe. » Elle poursuit : « Je ne pense pas qu’au Québec la graphie de « pédigrée » ou de « markéting » arrive à s’imposer… » Finalement, « à l’Office, il n’y a pas de directive donnée au personnel rendant obligatoire l’application des rectifications. »
À l’automne 2010, au Québec, les premières cohortes d’élèves « de la réforme » vont entrer au cégep. De quelle réforme s’agit-il ? Il ne s’agit pas de la réforme de l’orthographe, mais de l’approche pédagogique par compétences, qui prévaut désormais au primaire et au secondaire. Dans ce contexte, la nouvelle orthographe, comme la « nouvelle grammaire », est-elle prise en compte et a-t-elle un impact sur la modification des programmes d’enseignement ? Le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) n’a donné aucune directive en ce sens aux commissions scolaires, mais il a confirmé en 2009 sa précédente directive (voir encadré) et il demande aux enseignants de tenir compte des rectifications dans la correction des examens de fin d’année. Bien sûr, l’élève doit utiliser et appliquer de façon constante, et non occasionnelle, les nouvelles graphies. Toutefois, comment imaginer qu’un élève peut de lui-même, aussi doué soit-il, se plonger dans les rectifications orthographiques ?
Jonathan Paterson, ancien réviseur maintenant engagé dans l’enseignement du français langue seconde aux adultes, rappelle la position du MELS. « Pour ce qui est des travaux des élèves, les deux orthographes sont acceptées. On peut se référer, par exemple, au Document d’information sur l’épreuve unique (5e secondaire) qui stipule en page 8 : « En ce qui a trait aux rectifications orthographiques, les élèves qui utilisent les graphies traditionnelles ou les nouvelles graphies ne seront pas pénalisés, dans le contexte des corrections effectuées par le Ministère. »(1) Et il enchaîne : « le MELS a évidemment au moins l’intention d’exiger que le matériel scolaire tienne compte des rectifications. Voir, par exemple, le Cadre de référence pour l’approbation des dictionnaires en page 10 : « La durée d’approbation d’un dictionnaire est de sept ans. L’approbation pourra être reconduite si, au terme de cette période, le dictionnaire est toujours d’actualité. Cette disposition vise à ce que les ouvrages tiennent compte de l’évolution lexicale (néologismes, archaïsmes) et des rectifications recommandées par l’Office québécois de la langue française (nouvelle orthographe, par exemple). » (2) En outre, « On trouve le même texte, mutatis mutandis, dans un document, aussi de 2005, sur l’approbation des grammaires ». Ainsi le MELS, dans l’adaptation des programmes d’enseignement et dans l’introduction de nouveaux critères d’approbation du matériel didactique, notamment la nouvelle orthographe, met en place les conditions requises pour favoriser l’émergence de nouvelles habitudes de lecture et d’écriture. Et le monde de l’édition pédagogique au Québec ne peut que suivre ce mouvement…
Jonathan Paterson conclut : « Pour ce qui est de l’éducation des adultes, on a repoussé l’implantation de la réforme pédagogique (approche par compétences) à plusieurs reprises. En francisation, nous utilisons toujours un programme adopté en 1994 et du matériel pédagogique datant de la même époque. Évidemment, le matériel n’utilise que les graphies traditionnelles et il n’y a aucune mention des rectifications. J’ai l’impression que la majorité des professeurs en francisation ne tiennent pas du tout compte des rectifications. Et, en général, les élèves des niveaux avancés semblent n’avoir appris que les graphies traditionnelles – ils sont souvent surpris si je mentionne la possibilité par exemple d’omettre un accent circonflexe. »
En attendant que la société et le système éducatif puisse refléter le point d’aboutissement d’une évolution à venir, une recommandation a été faite par le Comité d’experts sur l’apprentissage de l’écriture en ce qui concerne la formation des maîtres. « Il semble que l’usage de la nouvelle orthographe progresse lentement, mais de façon irréversible, dans toute la francophonie. Il ne s’agit nullement d’une réduction des exigences quant à la langue écrite, mais d’une adaptation normale suivant l’évolution historique de la langue. Le Comité considère qu’il convient donc de fournir aux futures enseignantes et aux futurs enseignants toute l’information utile sur les rectifications de l’orthographe. Il insiste également pour qu’aucune des graphies relevant de l’orthographe ancienne ou de l’orthographe rectifiée ne soit considérée comme fautive au moment de la correction des travaux des élèves. Cette demande s’adresse également à tous les intervenants et intervenantes déjà en exercice dans le milieu scolaire. Recommandation no 21 Le Comité recommande que le Comité d’agrément des programmes de formation à l’enseignement demande aux responsables des programmes universitaires de faire en sorte que les étudiantes et les étudiants en formation à l’enseignement soient informés sur les rectifications de l’orthographe. » (3)
L’Office québécois de la langue française et la réforme de l’orthographe
« Dès 1991, l’Office québécois de la langue française s’est déclaré, de façon générale, favorable à l’application des rectifications de l’orthographe, mais, étant donné les réticences, voire l’opposition, qu’elles soulevaient dans divers milieux en France et ailleurs, il n’a pas voulu faire cavalier seul et imposer cette nouvelle norme au public québécois. » (Communiqué du 3 mai 2004)
La Banque de dépannage linguistique offre au réviseur intéressé plusieurs articles afin de « mieux comprendre les rectifications de l’orthographe et bien interpréter les changements proposés ». Retenons en premier lieu la présentation des recommandations générales liées aux rectifications de l’orthographe (six articles) et une liste des « Questions fréquentes sur les rectifications de l’orthographe). Ainsi, « Bien que les rectifications orthographiques aient été proposées en 1990, l’utilisation effective des nouvelles formes n’est pas encore généralisée. Les flottements dans l’emploi des graphies rectifiées que l’on observe, entre autres dans les dictionnaires usuels, illustrent bien le fait que nous sommes encore dans une période de transition. À l’instar de l’Académie française, qui, en 1991, déclarait que les anciennes graphies demeuraient admises et qu’on ne pouvait pénaliser les nouvelles graphies, l’Office québécois de la langue française estime que ni les graphies traditionnelles ni les nouvelles graphies proposées ne doivent être considérées comme fautives. » (4)
Parmi les questions les plus fréquentes, retenons les réponses aux deux questions suivantes.
« À l’école, présentement, les élèves apprennent-ils les nouvelles graphies ou les formes traditionnelles? […] au Québec, les enseignants n’ont reçu ni directives ni informations à ce sujet. S’ils choisissent d’enseigner la nouvelle orthographe, ils le font de leur propre gré. Toutefois, le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport du Québec tient maintenant compte des rectifications dans la correction des examens de fin d’année. Quant aux maisons d’édition qui produisent du matériel pédagogique, elles peuvent elles aussi choisir d’intégrer ou non les rectifications de l’orthographe dans leurs ouvrages; de plus en plus d’ouvrages récents les incluent. Par ailleurs, l’Université du Québec à Montréal enseigne la nouvelle orthographe dans ses cours de grammaire du français écrit et l’Université de Montréal le fait, notamment, dans les cours s’adressant aux futurs enseignants. » (5)
« Quelle est la position de l’Office québécois de la langue française au sujet des rectifications de l’orthographe? […] l’Office suit l’évolution de l’accueil réservé aux rectifications dans la documentation ainsi que dans la société québécoise et la francophonie, et il les prend en considération dans ses travaux et dans les services qu’il offre au public.
Dans Le grand dictionnaire terminologique (GDT), l’Office applique déjà les graphies nouvelles dans le cas des néologismes et des emprunts. En effet, il tient compte des « recommandations aux lexicographes et créateurs de néologismes » lorsqu’il crée ou accepte des mots nouveaux ou lorsqu’il doit se prononcer sur des emprunts faits à des langues étrangères. Parmi ces recommandations, l’Office a retenu celles qui portent sur la formation des mots composés (soudure des éléments : cogestion, motomarine, hypertexte, ou emploi du trait d’union : extra-utérin, italo-français) et sur les emprunts (qu’on francise en les adaptant à l’alphabet et à la graphie du français, quant à l’accentuation et à la règle générale du pluriel : listage, surfeur, malstrom, féta, raviolis, Inuits). Par conséquent, les néologismes qui sont intégrés dans Le grand dictionnaire terminologique reflètent ces nouvelles orientations en matière de graphie des termes (6).
En second lieu, une série d’articles traitent du trait d’union et de la soudure [6 articles], du pluriel [2 articles], des accents et du tréma [4 articles], des consonnes doubles [3 articles], de l’accord d’un participe passé [1 article], d’anomalies [4 articles].
En troisième et dernier lieu, une page est consacrée à la liste alphabétique complète des formes touchées par les rectifications.
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Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS)
Info/Sanction No 09-10-013, Direction de la sanction des études
Objet : les rectifications orthographiques et l’évaluation des apprentissages aux fins de la sanction des études secondaires]
Message
La Direction de la sanction des études est régulièrement interpellée sur la question des rectifications orthographiques dans le contexte de l’évaluation des apprentissages du domaine des langues, aux fins de la sanction des études. Je vous rappelle que le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport n’entend pas imposer l’apprentissage des rectifications orthographiques dans ses programmes d’études. Par contre, depuis 2006, dans le contexte de la correction des épreuves ministérielles, les nouvelles graphies intégrées aux dictionnaires usuels étaient acceptées. Veuillez prendre note qu’à la suite d’une décision des autorités ministérielles, les élèves qui utilisent les graphies traditionnelles ou les nouvelles graphies ne seront pas pénalisés dans le contexte des corrections effectuées par le Ministère. Nous encourageons donc les directions d’écoles et de centres à prendre en considération cette orientation lors de l’approbation des normes et des modalités d’évaluation des apprentissages de l’élève.
Au-delà de la correction uniforme des examens, quelle est donc la situation du point de vue de la modification des programmes d’enseignement ? En 2006-2007, dans son nouveau programme approuvé pour le français, langue d’enseignement, le MELS intègre quelques règles de la nouvelle orthographe (7).
« Nouvelle orthographe » avez-vous dit ?
Quelles en sont les grandes lignes?
Il faut en premier lieu prendre en compte dix recommandations, émanant des instances francophones compétentes (parmi lesquelles l’Académie française et le Conseil supérieur de la langue française), allant de l’écriture des mots à l’accord du participe passé. Le réviseur intéressé trouvera un mini guide de ces recommandations, facilement imprimable, dans le document intitulé « Les règles de la nouvelle orthographe… en bref » (8) disponible sur le site internet de l’Association pour la nouvelle orthographe à l’initiative du Groupe de modernisation de la langue (un groupe de réflexion constitué de représentants de France, de Belgique et de Suisse).
En deuxième lieu, il faut connaître les règles permettant d’appliquer ces recommandations. Le réviseur intéressé peut consulter le site internet du Réseau pour la nouvelle orthographe du français (Renouvo) [http://www.renouvo.org/regles.php]. Une page de ce site offre un outil de recherche, par ordre alphabétique, pour trouver les mots qui sont touchés par les rectifications orthographiques (9).
Finalement, le site web du Groupe québécois pour la modernisation de la norme du français (GQMNF), « La nouvelle orthographe » (10), constitue une source précieuse d’information.
Avec l’avènement de la communication électronique par Internet, il n’est pas surprenant que l’orthographe prenne ce tournant. Pour l’auteur du livre Zéro faute (Mille et une nuit, août 2009), François de Closets, l’orthographe aurait dû être simplifiée depuis longtemps. Après de nombreuses recherches auprès des autorités de la langue française, cet auteur relate comment l’orthographe est touchée par notre environnement technique du XXIe, qui est constamment bousculé par la nouvelle écriture électronique et la fluidité propres à l’Internet, au SMS (la messagerie texte), aux blogues et aux courriels.
Quelques ouvrages de référence
Peu à peu, les réviseurs devront se conformer à la nouvelle orthographe qui pointe à l’horizon. Les éditeurs de livres de référence ont déjà commencé à tenir compte, à des degrés divers, des rectifications de l’orthographe. Certains présentent toutes les rectifications proposées, alors que d’autres n’en présentent que certaines. Voici quelques ouvrages de référence qui font mention, d’une manière ou d’une autre, des rectifications de l’orthographe : Dictionnaire de la langue française – Le français vu du Québec (groupe de recherche Franqus, 2009); Dictionnaire Larousse junior (intégration depuis 2008); Le grand dictionnaire des difficultés et pièges du français (Larousse, 2004); Le Petit Larousse illustré (intégration à 39 p. 100 en 2009 et liste des mots en annexe); Le Larousse des noms communs, qui a reçu en 2010 l’agrément du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport du Québec (MELS), mentionne la nouvelle orthographe systématiquement sous chaque mot concerné ; Le Petit Robert (intégration à 61 p. 100 en 2009); Le Ramat de la typographie (éd. 2008); Multidictionnaire de la langue française (M.-É. de Villers, intégration à 40 p. 100 en 2009 et tableaux des formes rectifiées); Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne (J. Hanse, 5e éd., 2005).
La nouvelle orthographe dans une perspective de révision
Pour résumer notre tour d’horizon, la coexistence de deux orthographes admises offre trois possibilités au réviseur : le respect de l’ancienne graphie, celui de la nouvelle ou l’admission de la coexistence des deux dans un même texte ou corpus (voir Le Ramat de la typographie 2008 à ce sujet). Il conviendra de vérifier si l’organisme client a une préférence pour l’une ou l’autre des approches, surtout s’il s’agit d’une administration publique. Notons au passage que certaines maisons d’édition sérieuses ont elles aussi commencé à apposer le logo de la nouvelle orthographe sur leurs publications; tout comme des magazines, bulletins et journaux. Notre petite enquête a permis de répondre à un certain nombre de questions, mais en a soulevé de nouvelles. Au cours d’un entretien, notamment, une chef de service s’est interrogée sur la position des établissements d’enseignement universitaire qui se font, il faut bien l’admettre, très discrets sur le sujet. Peut-être devrions-nous leur poser la question? Avec l’arrivée sur le marché de diplômés formés à la nouvelle orthographe (et à la nouvelle grammaire! nous n’en avons pas encore parlé), les réviseurs expérimentés devront sans doute actualiser leurs connaissances s’ils ne veulent pas être dépassés. Cent fois sur le métier...
« Je ne suis pas une fan de la nouvelle orthographe. Bien sûr, des instances linguistiques parmi les plus réputées la sanctionnent, mais depuis le temps que nous en entendons parler, elle n’a pas réussi à s’implanter dans la pratique. Peut-être que la génération Y en fera quelque chose. »
— Yolande, traductrice à la retraite
Du peu d’enthousiasme à la sérénité
Voilà qui résume l’évolution de l’attitude de Louise Saint-André à l’égard des rectifications orthographiques. Réviseure professionnelle à son compte dans la région de la capitale nationale, Louise n’a pas eu jusqu’ici à appliquer la nouvelle graphie aux textes qui lui ont été confiés : ses clients ne le lui ont jamais demandé. À vrai dire, ils ne savent pas de quoi elle leur parle quand elle traite avec eux de nouvelle orthographe. Il faut néanmoins leur poser la question, surtout si l’on a affaire à une maison d’édition, à plus forte raison si celle-ci publie des livres pour enfants. D’abord réticente à assimiler de nouvelles règles d’écriture, Louise se dit que les rectifications orthographiques en viendront bien à s’implanter. Dans une ville gouvernementale comme Ottawa, les choses mettront quand même du temps, pense-t-elle. Il y aura donc une période de transition à traverser, où les deux graphies auront cours. Mais quand les baby-boomers auront pris leur retraite, les générations qui apprennent actuellement la nouvelle orthographe à l’école finiront bien par la faire passer dans l’usage. « Le français évolue, c’est normal. La plupart des langues romanes ont une graphie plus simple que la nôtre. Alors, pourquoi se casserait-on la tête pour garder les traces du passé? », dit-elle. « On survivra à la nouvelle orthographe. Ça n’est pas la fin du monde! Car ne l’oublions pas : la survie de la langue n’est pas fonction de l’orthographe, mais bien du nombre de locuteurs », conclut-elle.
« Dans mon cas, en tant que consultant du gouvernement fédéral, je dois suivre les préceptes
du Bureau de la traduction. » — Jacques, expert-conseil en communications
« Les articles abondent sur le sujet de la nouvelle orthographe. Il m’est difficile de me résigner à cette tendance, même si mon évolution professionnelle l’exigera tôt ou tard. Sous prétexte de vouloir rendre le français plus accessible, nous prenons des raccourcis qui ne feront qu’atténuer la qualité de notre langue écrite, malgré la lutte acharnée que nous menons depuis des décennies pour en préserver la survie. » — Pierrette, spécialiste en dotation et réviseure
Jonathan Paterson
« Je sois d’abord avouer, à ma honte, que je ne maîtrise pas complètement les rectifications. J’ai aussi un attachement sentimental aux graphies traditionnelles.
J’ai récemment enseigné à beaucoup d’hispanophones, dont plusieurs étaient probablement presque analphabètes dans leur langue maternelle, et à d’autres gens qui ont d’abord appris d’autres alphabets que l’alphabet latin. Si quelques-uns s’intéressent à l’orthographe comme jeu, beaucoup y voient une complexité inutile et décourageante.
Et je vois énormément de fautes dans l’écriture non révisée de francophones, notamment sur le Web. Une réforme en profondeur (et réellement phonétique) de l’orthographe française serait évidemment très difficile à réaliser, mais ce serait un bienfait énorme pour les gens ordinaires. Dans cette optique, je trouve que les rectifications sont beaucoup trop timides et ne simplifient que très peu le problème de l’apprentissage de l’orthographe.
La durée de la transition est aussi beaucoup trop longue, et l’obligation de retenir deux graphies pour tout un ensemble de mots augmente la difficulté plutôt que de simplifier l’orthographe. En somme, j’accepte les rectifications sans enthousiasme et je ne me sens pas du tout appelé à être évangéliste de la cause. »
Notes
(1) http://www.mels.gouv.qc.ca/sections/publications/publications/EPEPS/Formation_jeunes/Evaluation/EpreuveUnique_FLE5eSec_f.pdf (publié en 2009; consulté le 26 juin 2010).
(2) http://www3.mels.gouv.qc.ca/bamd/Doc/CADRE%20DE%20REF%20-%20DICT%20FLE%20-%20PDF%20(nov%2005).pdf (2005; consulté le 26 juin 2010).
(3) Mieux soutenir le développement de la compétence à écrire, Rapport du Comité d’experts sur l’apprentissage de l’écriture, Gouvernement du Québec, Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport 07-01107, ISBN 978-2-550-52097-9 (PDF), [http://www.mels.gouv.qc.ca/sections/publications/publications/EPEPS/Formation_jeunes/SoutenirDeveloppementCompetenceEcrire.pdf (consulté le 24 juin 2010)], Janvier 2008, p. 31.
(4) http://66.46.185.79/bdl/gabarit_bdl.asp?id=3195 (consulté le 21 juin 2010).
(5) http://66.46.185.79/bdl/gabarit_bdl.asp?id=3275#RÉcole (consulté le 21 juin 2010).
(6) http://66.46.185.79/bdl/gabarit_bdl.asp?id=3275#RPositionOffice (consulté le 21 juin 2010).
(7) Voir le site web du Groupe québécois pour la modernisation de la norme du français, GQMNF, pour plus de détails : http://home.primus.ca/~montstemarie/GQMNF_V02/NouvelleOrthographe_Enseignement.html (consulté le 24 juin 2010).
(8) http://www.orthographe-recommandee.info/enseignement/regles.pdf (consulté le 21 juin 2010).
(9) http://www.renouvo.org/liste.php?t=3&lettre=a (consulté le 21 juin 2010).
(10) http://www.nouvelleorthographe.info/ (consulté le 21 juin 2010).