l'Association canadienne des réviseurs

La profession de réviseur

Note : La désignation de personne par l'emploi du genre masculin n'a d'autre fin que celle d'alléger le texte.

Un imprimé mal réalisé présente mal vos intérêts, votre cause, votre thèse, votre « image de marque »

Fernand Baudin (La chose imprimée)

La révision comme choix de carrière

Peu de gens décident d'eux-mêmes de devenir réviseurs. Le plus souvent, c'est la profession qui les choisit.

Dans un sens, tout le monde fait de la révision, que ce soit l'écrivain qui change ne serait-ce qu'un mot à son manuscrit, le conférencier qui s'arrête au milieu d'une phrase pour trouver un mot ou une tournure plus justes, le directeur qui revoit une consigne ou qui modifie les clauses d'un contrat, ou encore la secrétaire qui clarifie une phrase d'un texte qu'on lui a dicté.

La révision est aussi une profession hautement spécialisée dont le seul objectif est d'améliorer la qualité de la communication. Le travail de la plupart des réviseurs porte sur le texte, mais certains s'occupent des illustrations, de la conception graphique, de la production ou de la gestion.

La plupart choisissent cette profession parce qu'ils s'intéressent avant tout à la langue. Ils ne peuvent s'empêcher de remarquer les erreurs typographiques dans les journaux. Les fautes que commettent les journalistes à la radio ou à la télévision les font tressaillir et, quand ils découvrent que les illustrations ne correspondent pas au texte, ils ont envie de rentrer sous terre ! Un argument boiteux ou illogique ou l'emploi trompeur de statistiques les offusque. Ils se sentent obligés de rétablir l'ordre là où règne le chaos, de créer l'harmonie et la cohérence.

Vous vous reconnaissez dans ce portrait ? Vous possédez peut-être l'étoffe d'un réviseur. Mais cela ne suffit pas...

Le réviseur doit satisfaire à la fois les lecteurs les plus érudits et les néophytes. La langue, le contenu et la présentation doivent être assez précis pour satisfaire le plus intelligent et le mieux documenté des lecteurs, assez clairs pour demeurer accessibles même aux novices et assez intéressants pour attirer et retenir l'attention de l'ensemble des lecteurs. Cela demande un grand nombre de qualités de la part du réviseur :

  • Facilité pour la langue et amour de celle-ci.
  • Excellentes compétences en grammaire, orthographe et composition.
  • Scolarité étendue, souvent accompagnée d'une formation technique spécialisée et d'un auto-apprentissage permanent.
  • Capacité de travailler en équipe.
  • Capacité de travailler de façon autonome et de prendre des décisions éclairées.
  • Excellente mémoire pour les détails.
  • Aptitude instinctive pour reconnaître les structures, créer des catégories et classer les idées.
  • Propension à remettre en question les hypothèses, les théories et les données.
  • Facilité pour repérer ce qui manque au contenu d'un texte, à un argument ou à une présentation. (Indiquer ce qui manque dans un document est aussi important que d'en relever les faiblesses.)

Finalement, le réviseur est une personne qui pense. Aucun projet ne peut être révisé de façon insouciante ou mécanique. Le réviseur doit se substituer à l'auteur, au lecteur et à l'éditeur et penser pour eux.

Un mot mal choisi, un adjectif inutile, une phrase banale sont comme des cailloux sur lesquels vous butez en marchant dans un sentier.

Pierre Tisseyre (L'Art d'écrire)

En quoi consiste le travail?

Les réviseurs, salariés ou pigistes, exécutent une variété de tâches pour les éditeurs de livres et de revues, le gouvernement, les sociétés, les associations, les universités ainsi que pour de nombreux autres groupes et particuliers. (Certains réviseurs travaillent également pour les journaux, l'industrie du film, la télévision, la radio, les télécommunications, la vidéo, etc., mais ces tâches ne seront pas décrites ici.)

La profession de réviseur pour les livres et les revues a donné naissance à des spécialités comme celles d'agents d'élaboration de projets, de correcteurs stylistiques, de réviseurs de texte, etc. Mais la désignation de la fonction ne fournit pas toujours une description exacte du travail. Par exemple, les tâches du rédacteur administratif peuvent varier énormément d'une entreprise à une autre.

Il arrive qu'une seule et même personne fasse tout le travail éditorial pour chacune des étapes de l'élaboration d'une revue, d'un bulletin d'information, d'un livre, d'un journal, d'une brochure ou d'un rapport - de l'idée originale jusqu'au document final prêt pour l'imprimerie. Mais, plus souvent, le travail est effectué par plusieurs réviseurs qui mettent leurs compétences en commun. Les projets complexes (encyclopédie ou rapport de commission) peuvent demander l'intervention d'un grand nombre de réviseurs. Le rédacteur administratif ou le réviseur coordonnateur répartira alors les différentes tâches entre les réviseurs de l'entreprise et des réviseurs pigistes, selon leurs compétences et leur expérience respectives.

Voici quelques-unes des tâches qui incombent aux réviseurs :

Préparation de la copie : Effectuer les corrections de grammaire, d'orthographe et de ponctuation; vérifier la cohérence interne de la présentation et des données; indiquer les niveaux des titres; indiquer aux responsables de la conception graphique et de la production toute exigence particulière.

Révision structurale/remaniement de texte : Clarifier ou réorganiser le contenu et la structure d'un manuscrit.

Révision stylistique : Clarifier le sens, éliminer le jargon pour faire en sorte que le texte « coule » mieux.

Réécriture : Rédiger un nouveau manuscrit ou certaines parties d'un manuscrit à partir des données fournies par d'autres collaborateurs.

Vérification des données : Vérifier l'exactitude des données et des citations fournies par l'auteur et, le cas échéant, verifier les références et les mots-clés.

Correction d'épreuves : Lire les épreuves d'un manuscrit révisé. (Les épreuves sont les feuilles d'essai imprimées d'un manuscrit tel qu'il sort de la composition.) Le correcteur d'épreuves peut être également amené à incorporer les changements de l'auteur, à corriger les feuillets, à vérifier les codes pour l'ordinateur et à signaler l'emplacement des illustrations et les références de pages.

Indexage : Dresser un index alphabétique des noms, des lieux, des sujets et éventuellement des concepts mentionnés dans l'ouvrage, en indiquant les références de page.

Recherche : Trouver des données initiales pour des articles ou des livres.

Recherche d'illustrations : Trouver des photos ou des illustrations appropriées.

Montage d'épreuves : Réaliser une maquette (modèle du produit fini) à partir des épreuves et indiquer sur celles-ci les changements à apporter; encoller les photos et les illustrations; ajouter les numéros de pages dans la table des matières et indiquer les renvois.

Coordination de projets : Coordonner et réviser un projet depuis la proposition ou le manuscrit initial jusqu'à l'étape finale du manuscrit; incorporer les contributions des auteurs et des collaborateurs.

Élaboration de projets : Trouver des idées de livres et du personnel qualifié pour la rédaction; évaluer les manuscrits ou les propositions et faire les recommandations nécessaires auprès des éditeurs.

Coordination de la production : Fournir un ou plusieurs types de services pour vérifier à la fois la conception graphique et le contenu de façon à ce que le manuscrit révisé puisse être envoyé à l'impression.

Correction : Le pensum qui attend tout audacieux qui, après avoir rédigé, veut être imprimé (...).

M. Zacharia (Le petit Retz de l'expression écrite)

Le schéma de carrière du réviseur

Certains commencent comme correcteurs d'épreuves, comme chercheurs ou comme réviseurs et le sont encore bien des années plus tard (soit qu'ils détiennent de grandes compétences et aiment leur travail, soit qu'il n'y ait aucun avancement possible). D'autres passent de correcteurs d'épreuves à réviseurs pour devenir ensuite réviseurs en chef, puis agents d'élaboration de projets et, finalement, éditeurs. Et il y en a d'autres encore qui s'arrêtent dès qu'ils estiment que leur travail leur apporte assez de défis et de satisfaction.

Pour ceux qui recherchent un poste de débutant, il est bon de savoir que les employeurs choisissent généralement des candidats qui ont pris eux-mêmes des initiatives pour acquérir de l'expérience. (Voir « Études et formation ».)

Un grand nombre de réviseurs commencent par travailler chez des éditeurs ou des typographes. Certains deviennent pigistes après avoir occupé un ou plusieurs postes en entreprise. Il n'est pas rare, pour un réviseur, de passer du statut de salarié à celui de pigiste, pour retravailler ensuite en entreprise.

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage
Polissez-le sans cesse et le repolissez.

Boileau (Art poétique)

Pigiste ou salarié?

La plupart des réviseurs chevronnés possèdent de l'expérience comme salariés. Comprendre les différentes étapes de la production d'une publication, élément essentiel à la formation de tout réviseur, est difficile si l'on n'a jamais travaillé en entreprise. Les petits éditeurs permettent généralement aux nouveaux employés d'acquérir une expérience plus vaste (mais à salaire moindre) et, selon certains réviseurs, c'est la meilleure formation. Les réviseurs employés chez les grandes maisons d'édition, s'ils ne sont pas habituellement exposés à une telle variété de tâches, peuvent parfois bénéficier d'une supervision et d'une formation plus poussées.

Pour ceux et celles qui veulent plus d'autonomie, le statut de pigiste peut se révéler stimulant et lucratif à condition d'avoir le talent et l'énergie nécessaires et... un peu de chance. Les réviseurs pigistes bénéficient d'horaires souples et connaissent les avantages (et les peurs) qui accompagnent le fait d'être à leur compte. La diversité des clientèles pour lesquelles ils sont amenés à travailler leur permet d'élargir leur champ de compétences - une diversité qui ne cesse de s'étendre au fur et à mesure que se développe l'éditique.

Toutefois, ceux ou celles qui n'ont jamais travaillé en entreprise peuvent avoir de la difficulté à trouver du travail comme pigistes. En effet, les clients qui embauchent des pigistes n'aiment pas prendre de risques; ce qu'ils veulent, c'est qu'on règle leurs problèmes. Les échéanciers, comme les budgets, sont souvent serrés; il faut donc que le réviseur en tienne compte (ainsi que du manuscrit) pour établir son devis et exécuter le travail. Ces habiletés ne s'acquièrent pas du jour au lendemain. Certains travaux (par exemple, la correction des épreuves pour un dépliant publicitaire) peuvent ne demander que quelques heures tandis que d'autres (par exemple, la production des textes d'un manuel) peuvent s'étendre sur deux ou trois années.

Les pigistes doivent également bien connaître leur caractère et leurs compétences - de façon à pouvoir refuser les projets qui ne leur conviennent pas. Mais cette prise de conscience à l'endroit de leurs forces et de leurs faiblesses en matière de révision ne s'acquiert qu'avec l'expérience.

Le style n'est rien, mais rien n'est sans le style.

Rivarol (Notes, Pensées et Maximes)

Les avantages et les inconvénients de la profession

Le métier de réviseur n'est pas une occupation traditionnelle. Il y a encore un siècle, il était presque inconnu et, même de nos jours, peu de gens savent ce que fait un réviseur. Heureusement que le métier a ses bons côtés...

Il offre à ceux et à celles qui ont une formation étendue en lettres et en sciences humaines l'occasion de mettre à profit leurs connaissances. On encourage les réviseurs à lire avec avidité et à exercer une pensée critique, que ce soit pour réviser des textes dans le domaine des lettres et des sciences humaines ou des textes de nature plus technique. Ils n'arrêtent jamais d'apprendre.

Les réviseurs peuvent se spécialiser dans leur domaine préféré ou opter pour plus de variété. Les éditeurs publient des documents sur un nombre infini de sujets.

On trouvera dans la section « En quoi consiste le travail? » une description des différentes tâches qu'exécutent les réviseurs. Leur variété fait appel à une multitude de talents. Les réviseurs qui font partie d'une équipe de production peuvent également travailler en collaboration avec des auteurs, des concepteurs et des gens d'affaires. Cet environnement peut être stimulant et constituer un bon moyen de se familiariser avec d'autres aspects de l'édition.

De plus, après la période de formation, le réviseur n'a pratiquement plus besoin de supervision. Les éditeurs se fient à l'opinion de leurs réviseurs et, dès que ces derniers ont pris connaissance des règles de base et du « style maison », on les encourage à exercer leur propre jugement. (Par « style maison », on désigne les préférences stylistiques de l'éditeur en ce qui concerne l'orthographe, le choix des mots, l'emploi des majuscules, etc.)

Cependant, comme pour toute autre profession, la révision comporte également des inconvénients.

Les réviseurs sont constamment aux prises avec la dure réalité des délais.

L'édition est une industrie complexe. Pour qu'un document puisse être publié à temps, il faut souvent travailler le soir ou durant le week-end et les réviseurs, de même que les typographes et les imprimeurs, doivent souvent faire des heures supplémentaires.

Une autre source de stress, très fréquente chez les réviseurs de manuscrits, vient du fait que ce travail exige la perfection absolue. Une fois le document imprimé, les erreurs typographiques, grammaticales ou factuelles, aussi minimes soient-elles, ressortent avec une clarté éblouissante. Les directives qui ne correspondent pas aux exemples cités, les colonnes de chiffres erronées, les références de pages inexactes, tout cela passe souvent inaperçu jusqu'à la sortie du produit final. Les réviseurs en font des cauchemars!

Certains auteurs acceptent mal d'être révisés. Ils préfèrent aller chez le dentiste que chez le réviseur! Alors, cette méfiance peut parfois entraîner des griefs, justifiés ou non.

Les salaires des réviseurs restent moyens en dépit de responsabilités et d'une scolarité qui, elles, surpassent la moyenne. Les réviseurs qui travaillent dans l'industrie du livre se situent généralement au bas de l'échelle; le gouvernement ou les entreprises (postes en communication) sont habituellement en mesure d'offrir des salaires un peu plus élevés.

Enfin, pour revenir à la remarque faite au premier paragraphe de cette section : un bon travail de révision demeure toujours invisible. Donc, pour ceux et celles qui aiment se retrouver sous les feux de la rampe, ce choix de carrière n'est probablement pas le bon. Les rédacteurs et les réviseurs en chef découvrent parfois leur nom dans le cartouche de titre d'une revue ou dans le texte de remerciements d'un ouvrage, mais il est rare que les débutants voient leur nom mentionné ou leurs efforts publiquement reconnus.

En dépit de ces inconvénients, cette profession peut être enrichissante. Pour ceux et celles qui aiment l'écriture et qui ont l'esprit critique, la révision offre une merveilleuse occasion d'exercer une activité langagière et de travailler avec d'autres qui partagent cette même passion.

Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.

Boileau (Art poétique)

Études et formation

Même si la plupart des réviseurs détiennent un diplôme universitaire ou collégial, il ne semble parfois exister aucun lien entre leur degré de scolarité (ou leur champ d'études) et leurs compétences professionnelles. Certains ont entrepris leur carrière peu après la fin de leurs études; d'autres ont d'abord travaillé dans un domaine tout à fait différent.

La plupart des employeurs accordent plus d'importance à l'expérience et à la réputation qu'à toute autre référence. Donc, si vous envisagez de faire carrière dans ce domaine, commencez par proposer vos services aux organismes de votre communauté (bulletins d'information, revues ou brochures). Un grand nombre de ces groupes accueillent volontiers des bénévoles. Vous aurez ainsi la chance de voir comment travaillent les autres; demandez qu'on révise votre travail; testez vos aptitudes, vos compétences et votre intérêt; acquérez de l'expérience - c'est également ce que vous ferez au cours de vos premières années de travail sur le tas.

Les ordinateurs jouent un rôle important dans l'édition. En vous familiarisant avec un ou plusieurs systèmes ainsi qu'avec différents programmes de traitement de texte, vous accroîtrez votre polyvalence. Pour les travaux qui émanent des entreprises ou qui sont de nature technique, des compétences en infographie et en mise en page seront également utiles. De plus, l'écran de l'ordinateur est maintenant devenu un moyen de communication écrite, avec ses propres règles et exigences en matière d'édition.

Si vous voulez connaître les différentes options concernant la formation des réviseurs, sachez que la plupart des employeurs n'offrent aucune formation à proprement parler et qu'il n'existe que quelques organismes et établissements d'enseignement qui donnent des cours dans ce domaine. Bien sûr, les cours ne remplaceront jamais l'expérience, mais ils peuvent vous familiariser avec certains aspects du travail.

Si vous voulez « communiquer », vous serez bien mieux entendus, et incomparablement plus vite, si votre communication est revêtue d'une forme agréable. Exprimez une pensée profonde, brillante, mais exprimez-la avec des mots qui se heurtent, des syllabes qui se tamponnent, des dissonances qui éclatent en cacophonies, et les esprits vont se fermer, la pensée se détournera, les barrières psychologiques et intellectuelles se dresseront plus altières. Dites la même chose, mais avec élégance et harmonie et, bon gré mal gré, les gens entendront, liront ; leurs intelligences vont s'ouvrir, leur sympathie va s'éveiller, et les plus indifférents ou les plus réfractaires seront disposés, tôt ou tard, à se laisser persuader ou du moins à écouter - ce qui est le premier pas, et le plus important.

Irène de Buisseret (Deux langues, six idiomes)

Rédigé par John Eerkes-Medrano, Susan Gaitskell, Dennis Mills et Jim Taylor.
Traduction, adaptation et recherche : Geneviève Boutry, avec le concours de Jonathan Paterson.
Révision : Claire Brouillet, Jacqueline Dionne et Simone Paradis.

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