l'Association canadienne des réviseurs

« À la recherche des grands réviseurs du Canada »

À la recherche des grands réviseurs du Canada

Par Anita Jenkins

 

Qui sont nos grands réviseurs? Qui en a décidé ainsi et pour quelles raisons? La révision leur est-elle innée ou ont-ils acquis leurs connaissances et leurs compétences au fil de leurs expériences clés? S’agit-il toujours de réviseurs de fond? Travaillent-ils avec des auteurs particuliers ou avec des collectifs? Ces questions et bien d’autres, étaient le point central de la table ronde des réviseurs d’expérience au congrès de l’ACR et intitulée La révision en réflexion : contenu et culture.

 

Les onze participants de la table ronde avaient fait leur devoir : ils s’étaient inscrits d’avance et avaient rempli un questionnaire en ligne afin d’aider à amorcer la discussion à Montréal. Faciles, les questions? Ce n’était pas notre avis. Certains d’entre nous éprouvaient une aversion à cadrer la discussion avec des appellations de grandeur. Les réviseurs ne sont-ils pas censés être invisibles? Bien entendu, on s’attend à ce qu’ils fassent appel à leurs compétences, qu’ils disposent des connaissances nécessaires, et d’une bonne compréhension des choses, mais en restant humbles, en dirigeant les projecteurs sur l’auteur ou sur le projet. Toutefois, certains réviseurs deviennent éminents. Qu’en est-il? Est-ce une bonne chose pour notre profession?

 

Voici quelques commentaires et témoignages provenant de notre discussion à large spectre. L’encadré renvoie à des articles affichés en ligne.

 

Les compétences

Un grand réviseur sensibilise les gens sur les différentes méthodes de travail. Par exemple, ce que je peux faire en tant que réviseur est de dire : « Ce doit être vraiment difficile d’écrire sur ce sujet. » Je leur permets ainsi de s’ouvrir à moi.

 

Pour moi, les grands réviseurs sont des individus aux nombreuses compétences, qui n’hésitent pas à les partager, parfois même en agissant comme mentor, et qui acceptent de demeurer dans l’ombre. Ces réviseurs ne seront jamais reconnus comme le sont Douglas Gibson ou Ellen Seligman[i]. Si l’on veut comprendre ce groupe plus large dans la définition de ce qu’est un grand réviseur, il nous faut aborder les différents types de révision. Et vous ne rendez pas service aux étudiants et aux réviseurs en exercice en ne parlant pas de ces autres réviseurs, puisque si peu de gens auront les occasions et le type de talent dont ont su profiter les réviseurs éminents. Un grand réviseur, c’est quelqu’un qui peut s’approprier un immense projet de révision, bien communiquer, établir des politiques sensées et aider à éviter les idées suicidaires chez un groupe de réviseurs.

 

Peut-on rattacher le qualificatif « grand » à toutes les étapes de la révision? Pourrait-on trouver, par exemple, de grands correcteurs d’épreuves ou de grands préparateurs de copie? Étant donné que ces professionnels ne sont pas impliqués dans le projet dans son ensemble, est-il malgré tout juste de dire que seuls les réviseurs impliqués dans le processus créatif d’une œuvre peuvent être grands, tandis que les intervenants du processus de finalisation et de correction ne le peuvent pas?

 

Les connaissances

À mon avis, l’élément commun que partagent les grands réviseurs est l’aptitude à saisir la vue d’ensemble d’un projet et d’amener celui-ci à un état final, peu importe le rôle précis joué par le réviseur dans ledit projet.

 

Par exemple, là où l’on dit que les réviseurs de Toronto doivent savoir si les rues de Montréal sont disposées en forme de croix, un grand réviseur répliquerait : « Nous allons vérifier; avez-vous une carte? »

 

En fait, où trouve-t-on les conversations nous renseignant sur la vision en révision? La plupart du temps, elles sont absentes. Les textes qui renseignent et discutent de façon convaincante à propos de la visualisation, de la réflexion créative, de la synthèse de données diverses, et de la façon d’obtenir des renseignements importants d’un auteur sont introuvables.

 

Je laisse échapper un soupir chaque fois que j’entends le mot vision.

 

L’identité professionnelle

Le mot « grand » semble représenter l’idée que se font les non-réviseurs de la profession, comme réécrire tout un chapitre entier. Il est tout à fait légitime d’envisager un grand réviseur dans le sens d’une personnalité publique qui produit une révision de fond d’un ouvrage littéraire. Mais nombreux sont les héros, ou héroïnes, qui n’ont jamais fait de révision de fond de leur vie.

 

Certains réviseurs sont grands car ils brillent de leur absence. Parfois, ils ont su apporter beaucoup au texte, dès le départ, et ils savent rehausser l’énergie de ce qui se dégage déjà du texte. D’autres réviseurs sont grands parce qu’ils ont créé quelque chose de plus : un magazine, un journal, une référence. Ils créent ainsi quelque chose qui surpasse le texte original.

 

Plusieurs grands réviseurs ne sont pas connus du public. Mais les professionnels connus du public aident à donner un profil de notre profession qui fait réfléchir les gens. Car nombreux sont ceux qui croient pouvoir écrire. Encore pis, nombreux sont ceux qui pensent pouvoir réviser. Les personnalités publiques de la révision peuvent aider notre profession à se faire remarquer positivement.

 

À venir

Merci aux participants de la table ronde de nous avoir alloué leur temps et leurs pensées afin d’amorcer cette quête. Surveillez les prochains rapports portant sur ce nouveau projet de recherche sur les compétences, les connaissances et l’identité professionnelle des réviseurs.

 

Bio

Anita Jenkins a dirigé de 1991 à 2008, avant une semi-retraite, une entreprise prolifique depuis son domicile d'Edmonton en offrant des services de rédaction et de révision. Parmi ses clients, elle comptait des services gouvernementaux œuvrant à l'échelle provinciale et municipale, des conseils scolaires, des institutions universitaires et collégiales, des hôpitaux, ainsi que des organismes autochtones. Elle a adhéré à l'ACR en 1996, année de création de la section des Prairies. Elle a porté plusieurs chapeaux à l'ACR : présidente de sa section, corédactrice en chef de Voix active et vice-présidente nationale. En 2008, elle a été nommée membre honoraire à vie. Comme bénévole, elle s’intéresse aussi à la musique (surtout CKUA Radio, la station albertaine soutenue par ses auditeurs) et à l'histoire locale.

 

Lectures en ligne

 

Les six façons de mesurer un bon (grand) réviseur

L’ancienne présidente de l’ACR, Anita Jenkins, amorce une réflexion sur cinq mesures essentielles, tandis que Lenore d’Anjou en ajoute une sixième.

www.sources.com/ssr/docs/SSR41-2-Editors.htm (consulté le 1er septembre 2010)

 

Le projet Grands réviseurs

Seize étudiants en révision du Douglas College (Colombie-Britannique) identifient leur grande héroïne ou leur grand héros de la révision.

www.douglas.bc.ca/programs/print-futures/good-reads /inked/The_Great_Editors_Project.html (consulté le 1er septembre 2010)


[i] Grands réviseurs anglophones.